La mauvaise nouvelle est tombée vendredi dernier lors d’une rencontre avec des représentants du ministère de l’Économie et la députée de Saint-Hyacinthe, Chantal Soucy. Réunis en point de presse mercredi matin, le maire de Saint-Hyacinthe, André Beauregard, le président de Saint-Hyacinthe Technopole, Patrick Malo, le président du conseil des partenaires, Sylvain Fournaise, et le préfet de la MRC des Maskoutains, Simon Giard, réclament d’urgence une rencontre avec la ministre de l’Économie, Christine Fréchette, dans l’espoir de renverser la décision.
« La décision de ne pas appuyer un projet voué à donner plus de valeur ajoutée à nos produits agricoles et à ouvrir de nouveaux marchés pour nos produits transformés m’apparaît injustifiable », commente le préfet de la MRC des Maskoutains, Simon Giard.
« Je suis la première déçue dans le dossier, ajoute la députée de Saint-Hyacinthe, Chantal Soucy, en entrevue. J’ai tout fait pour pousser le dossier, mais il ne répondait pas à l’ensemble des exigences du comité interministériel. […] Le gouvernement ne remet pas du tout en doute l’importance de l’agroalimentaire au Québec. »
Le plan d’affaires a été déposé au gouvernement du Québec en 2021. Bien que les détails n’aient jamais été dévoilés en raison d’ententes de confidentialité, Saint-Hyacinthe Technopole estimait les investissements rattachés à une zone d’innovation à Saint-Hyacinthe à près de 1,5 milliard de dollars.
Revirement de situation
Tout laissait croire que Saint-Hyacinthe obtiendrait le titre de zone d’innovation puisqu’elle obtenait des recommandations favorables à toutes les étapes du processus, raconte M. Malo. C’est donc avec étonnement qu’ils ont appris les motifs de refus, qui font notamment référence au caractère de la filière qui ne permet pas de se positionner à l’international et à l’absence de synergie interzone ou d’innovations dites de rupture, c’est-à-dire qui redéfinit les règles du jeu d’une industrie.
« Nous ne comprenons pas. Les critères qui nous ont finalement disqualifiés auraient dû nous disqualifier dès le départ. […] On sait que, dans le domaine de l’agroalimentaire, ce sont des petits investissements. On n’aura pas un joueur étranger qui vient investir un gros montant au Québec. C’est peut-être moins spectaculaire », dit la directrice générale de Saint-Hyacinthe Technopole, Karine Guilbault.
À ce sujet, Mme Soucy mentionne que le comité interministériel n’a jamais promis la désignation de la zone d’innovation. « Ce sont les fonctionnaires qui franchissent les étapes avec les partenaires, mais ce ne sont pas eux qui prennent la décision au final. Ce qui a été retenu, c’est que la zone d’innovation de Saint-Hyacinthe répondait davantage à un besoin de rattrapage technologique qu’à un besoin d’innovation et de développement. L’objectif des zones d’innovation est aussi de développer des domaines clés qui permettront de positionner le Québec sur la scène internationale, notamment par le biais de capitaux étrangers. Vous le savez, tous les pays se battent pour développer leur souveraineté alimentaire », mentionne la députée.
Bien que Québec ne désigne pas Saint-Hyacinthe comme zone d’innovation, il propose de soutenir un centre d’innovation, « un prix de consolation » qui ne plaît pas du tout aux intervenants impliqués dans le projet. L’été dernier, la MRC des Maskoutains avait donné un mandat, dont le contrat s’élevait à 94 900 $, à un stratège d’affaires pour réaliser le plan de développement d’un centre d’innovation. Dans le contexte où le gouvernement a donné de nouveaux critères, Mme Guilbault reconnaît que le travail réalisé dans le cadre de ce mandat devra être revu.
La création de ces zones a pour objectif premier d’augmenter la commercialisation des innovations, les exportations, les investissements locaux et étrangers ainsi que la productivité des entreprises au Québec. Il existe pour l’instant quatre zones d’innovation dans la province, soit dans l’axe Bécancour–Shawinigan–Trois-Rivières, à Bromont, dans le Grand Montréal et à Sherbrooke. Au cours des derniers mois, le gouvernement a aussi refusé le titre de zone d’innovation à Saint-Jean-sur-Richelieu et à Rimouski.
« Ce qu’il est important de retenir, c’est que tous les projets dont on soulevait la pertinence dans le dossier de candidature pourront être soutenus à la pièce par Investissement Québec. On va soutenir toutes les entreprises qui ont besoin d’aide », conclut Chantal Soucy.