6 octobre 2022
Québec 2022
Simple formalité
Par: Le Courrier
Martin Bourrassa

Martin Bourrassa

On prédisait à la Coalition avenir Québec et à son chef François Legault une victoire facile et éclatante, voire même une centaine de députés, avant le déclenchement des élections provinciales il y a quelques semaines et le résultat a été convaincant. Le balayage caquiste a été sans équivoque et sans appel.

Malgré une campagne peu inspirante et peu inspirée, François Legault a confirmé et même renforcé son ascendant sur le Québec en faisant élire 90 députés, alors qu’il en avait 76 sur 125 à la dissolution de l’Assemblée nationale à la fin août.

Son parti pourra continuer à gouverner pour un second mandat et à imposer ses idées, troisième lien compris, sans trop se soucier des autres. Seul le Parti libéral du Québec a fait élire assez de députés, soit 21, pour prétendre à être reconnu officiellement comme groupe parlementaire (minimum 12). Et même s’ils ont obtenu tous ensemble la faveur de 43 % de l’électorat, Québec solidaire (11), le Parti québécois (3) et le Parti conservateur (0) n’ont pu faire élire que 14 députés.

Le contrepoids est bien léger. Ainsi va la vie dans le mode de système uninominal majoritaire à un tour que nous connaissons bien et qui a vraiment atteint et montré ses limites, n’en déplaise aux caquistes qui refusent de voir l’évidence.

Que retenir des résultats de lundi soir dans l’ensemble du Québec, outre le sacre triomphal de la CAQ? Malgré la perte de six députés, le Parti libéral de Dominique Anglade a réussi à sauver les meubles. Il a conservé son statut d’opposition officielle en s’accrochant à Montréal et en profitant sans doute des nombreuses maladresses de la CAQ en matière d’immigration pendant la campagne. Mais il n’y a pas de raisons de pavoiser pour autant. Loin d’être acquise, la reconstruction du parti sera longue et pénible. Bien davantage que celle des Canadiens de Montréal, à notre avis.

Pour Québec solidaire, le parti de Gabriel Nadeau-Dubois et de Manon Massé avait de grandes ambitions, mais ses résultats n’ont pas été à la hauteur, avec le gain d’un seul député versus la dizaine de députés qu’il avait fait élire en 2018.

Ses idées, à l’image du parti, ont fait du surplace. La défaite de la députée sortante dans Rouyn-Noranda au profit de la CAQ a été une méchante claque au visage de la formation qui cherche encore et toujours son identité. Québec solidaire a peut-être souffert plus que les autres partis de la place prépondérante occupée par le Parti conservateur d’Éric Duhaime pendant la campagne. Prépondérante et sans doute disproportionnée, du moins si on se fie aux résultats du scrutin, alors que le chef et tous ses candidats ont mordu la poussière. La logique voudrait que le chef Duhaime et ses ouailles retournent dans l’ombre et le silence, mais on ne misera pas trop là-dessus pour l’instant. On imagine déjà le délire lorsqu’on se penchera sur les règles du prochain débat des chefs.

Du côté du Parti québécois, qui jouait sa survie à cette élection, il n’est pas mort, mais pas fort avec trois députés au lieu des sept qu’il avait l’été dernier. Voilà un résultat bien ingrat pour le chef Paul St-Pierre Plamondon, lui qui était pourtant vu comme la grande révélation de la dernière campagne, considérant qu’il partait de loin au niveau de la notoriété. Son élection est un prix de consolation. Il pourra au moins dire qu’il a fait bonne impression à cette élection.

Enfin, dans le comté de Saint-Hyacinthe, la députée caquiste Chantal Soucy a réussi l’exploit d’accroître sa cote de popularité de 2 % comparativement au sommet de 52 % qu’elle avait obtenu à son élection précédente.

Son troisième mandat était aussi prévisible que mérité. Reste à voir le rôle que lui confiera son chef. Il a maintenant l’embarras du choix et des femmes pour former son cabinet. Elle ne dirait pas non au poste de présidente de l’Assemblée nationale puisqu’elle a fait ses classes comme vice-présidente lors du dernier mandat. Il s’agit d’un poste beaucoup moins sensible que celui de ministre de l’Éducation ou de l’Immigration…

Saluons aussi la deuxième place du PQ dans la circonscription, un résultat que j’avais même prédit lors de ma dernière conversation avec Mme Soucy, considérant la qualité du candidat, la performance de son chef et l’historique du comté. Au final, la seule course intéressante de la soirée électorale du 3 octobre aura été pour la deuxième place. Autant au Québec que dans le comté de Saint- Hyacinthe. On l’avait vu venir, ça aussi.

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