12 janvier 2023
Les 25 ans du verglas
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Par: Martin Bourassa
Martin Bourrassa

Martin Bourrassa

Pas besoin de me le remettre sur le nez, je vais le faire moi-même. J’avais écrit il y a cinq ans, lors du dossier soulignant les 20 ans de la crise du verglas, que nous n’y reviendrions pas cinq ans plus tard afin de marquer son quart de siècle. J’avais mentionné qu’on passerait go sans réclamer 200 $ en 2023 et qu’on congèlerait nos archives jusqu’au moment de célébrer son cinquantième anniversaire.

Faque y’a juste les fous qui ne changent pas d’idée. Et je n’en suis pas un, du moins, pas à temps plein. J’ignore si c’est l’effet de la nostalgie ou même de la pandémie, ou un peu des deux, mais j’ai décidé de replonger à deux mains dans notre banque de photos du verglas ainsi que dans nos vieux reportages.

D’abord pour me convaincre que nous avions fait le tour du jardin de givre côté verglas. Pour les 10 ans, en 2008, nous avions retracé pour vous le bébé du verglas, Mikaël, et sa mère, Mélanie St-Pierre, bien installés dans les Bois- Francs. La jeune maman était hébergée à la polyvalente Hyacinthe-Delorme lorsque la nature a fait son œuvre.

Nous avions aussi démontré toute la résilience de la petite Coopérative régionale d’électricité de Saint-Jean-Baptiste et aussi constaté que les arbres, les érables et les arbustes avaient, somme toute, bien récupéré en seulement dix ans.

Plus troublant, nous avions aussi réalisé que la région maskoutaine était toujours à la merci d’une panne majeure malgré la mise en place de la boucle montérégienne. Une seule route d’énergie reliant Saint-Dominique à Saint-Hyacinthe alimente encore et toujours le grand Saint-Hyacinthe 25 ans plus tard.

Puis, en 2018, rebelote, pour les 20 ans de la crise. Nous avions alors revisité les souvenirs de notre chroniqueur météo Michel Morissette et de la directrice générale adjointe de la Ville de Saint- Hyacinthe, Chantal Frigon. Celle-ci nous avait énuméré les grandes leçons dictées par la crise, dont la nécessité de maintenir la collaboration institutionnelle entre les organisations publiques de Saint- Hyacinthe et d’être plus alarmiste que pas assez face à l’imprévisible. Sur une note plus légère, nous avions discuté assurance avec le courtier Yvon Pinsonneault et ressorti les réclamations les plus farfelues de la crise du verglas. La palme? L’assurée qui avait réclamé le remboursement du manteau de vison qu’elle disait avoir placé dans son congélateur afin d’éviter des frais d’entreposage pendant qu’elle séjournait en Floride!

Nous voici donc en 2023, pour les 25 ans. Que pourrait-on ajouter? Pas grand-chose. Mais le rappel n’est pas inutile. Il est même apaisant dans la mesure où il montre les Maskoutains sous leur meilleur jour, même en pleine noirceur. Tous ceux et celles qui ont vaincu le verglas de 1998 en conservent des souvenirs impérissables et précieux. Encore davantage en temps de pandémie.

Cette dernière apporte d’ailleurs un nouvel éclairage sur la crise du verglas. Elle permet de la remettre en perspective. Si je n’avais pas connu la COVID-19, j’aurais persisté à croire que la crise du verglas était l’épreuve la plus éprouvante que j’ai traversée au cours de ma carrière journalistique démarrée en 1992. Oui, janvier 1998 est un mois que je ne voudrais jamais revivre. Couvrir les sinistrés du verglas sans relâche tout en l’étant soi-même a été éprouvant physiquement et psychologiquement.

Mais cela reste de la petite bière comparativement à la maudite pandémie. Avec le verglas, on connaissait le problème et la solution. Elle ne passait pas par la mise au point d’un vaccin. Et il y avait un début et il y aurait forcément une fin.

Suffisait de s’organiser pour passer le temps.

Le verglas nous aura appris la débrouillardise ainsi que la valeur de notre entourage et de notre réseau de soutien. Il y a certes eu des dommages, mais très peu de grande détresse et pratiquement pas de pertes de vies humaines. Mieux, on a réussi à vaincre le verglas en communauté en misant les uns sur les autres. Tout le contraire de la pandémie.

En plus de faire d’innombrables victimes en tous genres, celle-ci nous a isolés et même divisés. Et alors que l’on s’apprête à franchir le cap des trois ans de pandémie, personne n’entrevoit réellement sa fin. Il faudra vivre avec.

J’ignore si un jour on aura envie de souligner les anniversaires marquants de la pandémie et si on sera capables de revivre tout cela avec détachement.

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