30 décembre 2021
Fléau d’abandons de lapins domestiques
Un lapin en fuite à Saint-Pie
Par: Sarah-Eve Charland
Après avoir fui pendant des mois les équipes de Sauvetage lapins errants à Saint-Pie, ce lapin a été sauvé par une bénévole de Saint-Hyacinthe. Photo gracieuseté

Après avoir fui pendant des mois les équipes de Sauvetage lapins errants à Saint-Pie, ce lapin a été sauvé par une bénévole de Saint-Hyacinthe. Photo gracieuseté

Le charme des lapins domestiques a opéré au cours des dernières années au point où leur adoption a gagné en popularité, mais pas toujours de façon réfléchie. Cela s’est d’ailleurs traduit par une augmentation des abandons. La Maskoutaine Émilie Champagne, qui a lancé le refuge Betty’s Rescue, s’est engagée à sauver ces petites bêtes-là au point où elle a dû dédier plusieurs de ses soirées en novembre pour secourir un lapin en liberté depuis deux ans dans un camping à Saint-Pie.

« Ça fait quelques années que les gens ont découvert que les lapins pouvaient faire de bons animaux de compagnie. Il y a eu un mouvement : oh, mon dieu, un lapin, c’est mignon. Ensuite, il y a toujours un moment où ils découvrent que ça fait du bruit et que ce n’est pas bien en cage, puis ils vont l’abandonner. Tranquillement pas vite, on essaie de changer la donne parce qu’un lapin ne vit pas en cage. Ça vit en enclos ou en liberté », affirme Émilie Champagne.

Il y a cinq ans, elle a récupéré un lapin qui faisait l’objet d’une annonce sur Kijiji. Il était à donner et vivait dans de mauvaises conditions, se rappelle-t-elle. Elle s’est ensuite mise à sauver des lapins par le biais d’un réseau de familles d’accueil. Les lapins sont stérilisés, puis ces familles en prennent soin en attendant de trouver des gens disposés à s’en occuper. Son refuge Betty’s Rescue était petit jusqu’à l’année dernière où les besoins se sont fait sentir en temps de pandémie.

« C’était d’abord à plus petite échelle, mais dans la dernière année, ça a augmenté considérablement. On a en ce moment 25 lapins en adoption. On s’est déjà rendu à 30 lapins, il n’y a pas si longtemps. On ne fournit pas », ajoute-t-elle.

Elle est aussi bénévole à l’organisme Sauvetage lapins errants. Ce dernier sauve les lapins errants, puis Betty’s Rescue les prend en charge pour leur trouver une famille d’adoption. En 2021, l’organisme a sauvé 96 lapins errants dans le Grand Montréal.

« Le problème des lapins domestiques errants est une catastrophe. Les gens ne s’informent pas suffisamment avant d’adopter un lapin et finissent souvent par l’abandonner dans la nature, ce qui les met en grand danger de mort ou de maladie. Les refuges débordent partout », ajoute la bénévole de Sauvetage lapins errants, Anaïs St-Arnaud Hivon.

Capturer un lapin en fuite

L’organisme a reçu un signalement concernant un lapin domestique qui se retrouvait au camping Aqua parc à Saint-Pie. Il était sur le point d’affronter son deuxième hiver à l’extérieur. Personne n’était capable de l’approcher. Les équipes de Sauvetage lapins errants ont tenté à trois reprises de l’attraper en vain.

« Ça fait deux ans que je suis bénévole pour Sauvetage lapins errants. Cela a été le lapin le plus difficile à attraper. […] Lui, c’était un petit wise. Il nous voyait arriver. Il nous comprenait. D’habitude, on les piège avec les coins de maison ou les autos. Cette fois-ci, c’était juste un terrain vague puisque les campeurs étaient partis. Je me suis dit : on va attendre que l’hiver s’en vienne. C’est triste, mais on n’avait pas le choix d’utiliser le fait qu’il allait commencer à avoir faim et froid », raconte-t-elle.

La bénévole est donc retournée plusieurs fois pendant la nuit, période où les lapins sont les plus actifs, pour l’apprivoiser. C’est le 29 novembre qu’elle a eu la chance de l’attraper.

« On était très contents. Le lapin en était à sa deuxième année dehors. […] Je suis pas mal certaine que, ne pas l’avoir attrapé, il ne passait pas l’hiver », poursuit-elle.

Le lapin va bien. Il se trouve dans une famille temporaire en attendant de trouver son foyer permanent. « J’ai réussi à lui trouver une place pour l’accueillir. C’est un sauvetage qui m’a tenu à cœur. On fait des recherches pour lui trouver une bonne famille d’adoption. »

Les abandons de lapins

L’adoption des lapins résulte souvent d’un achat impulsif, observe-t-elle. Avant de faire ce choix, les personnes intéressées doivent d’abord s’informer. « [Un lapin], ça prend de l’espace. Ça prend quand même un peu d’investissement. On aime bien dire qu’on ne peut pas adapter le lapin à la maison, mais on adapte la maison au lapin. Il va y avoir des lapins qui vont être un peu plus destructeurs. C’est tout à fait normal. On va se le dire, ils ont les gênes pour gruger. Plus le lapin va avoir de l’espace, va interagir avec l’humain et va avoir des jeux, mieux il va se porter. »

Les lapins domestiques ne peuvent pas vivre à l’extérieur comme c’est le cas pour les lièvres ou les lapins sauvages. « Quand il fait froid, les lapins sauvages vont se creuser des terriers pour profiter de la chaleur de la terre. Un lapin domestique ne le fera pas. Il va juste passer l’hiver dans un banc de neige à geler. Il n’a pas l’instinct pour vivre dehors. Il n’a pas le système immunitaire ni le système digestif appropriés. »

La Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal stipule qu’abandonner un animal domestique dans la nature est illégal.

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