2 Décembre 2021
La COVID-19 dans les CHSLD
Un rapport éclairant
Par: Le Courrier

Cibler les causes de la crise, agir, se souvenir. Voilà le préambule et surtout l’état d’esprit qui a guidé la protectrice du citoyen, Marie Rinfret, dans la rédaction de son rapport spécial sur la crise de la COVID-19 dans les CHSLD durant la première vague de la pandémie.

Oui, agir et se souvenir.

À défaut d’une enquête publique sur la gestion de la pandémie, c’est sans contredit l’exercice qui nous éclairera le plus adéquatement sur ce qui s’est passé, ou pas, dans les CHSLD avant, pendant et après la première vague. « Un cafouillage sanitaire et administratif entraînant son lot de décès et de tragédies », a résumé la protectrice du citoyen. Et comment. N’en doutez pas, il s’agit d’une lecture qui nous en apprend beaucoup et qui vaut le détour. Et qui confirme surtout des perceptions et des appréhensions tout au long des 75 pages du rapport qui se lit tout d’une traite. On ne parle pas d’une brique assommante, tant s’en faut. Parlant de briques, la protectrice n’en lance pas tant que ça puisque le désintérêt du système de santé, de la classe politique et de la population en général à l’égard des CHSLD ne date pas d’hier. De toute façon, son rôle ne consistait pas à formuler des blâmes et à trouver des coupables.

Elle s’est toutefois appliquée à mettre le doigt sur le bobo, là où ça fait mal. Sur les « importantes lacunes systémiques préexistantes et connues de longue date » ainsi que sa conception « hospitalocentriste » en temps normal comme en temps de crise.

« Ce n’est donc pas d’avoir dégagé une telle disponibilité des lits dans les hôpitaux qui est remise en cause. Le problème est plutôt de ne pas avoir bien évalué la capacité des CHSLD à jouer un rôle radicalement différent qu’on en attendait dans un contexte de pandémie, et de ne pas les avoir outillés et protégés adéquatement. » Tout est là.

Grâce au rapport de Mme Rinfret, c’est maintenant fort bien documenté et indéniable, les CHSLD ont été dans l’angle mort des préparatifs, voire de la santé publique et du gouvernement. Mais pas juste eux. Bien au-delà des structures, ce sont les aînés vulnérables, leurs familles ainsi que les travailleurs qui œuvrent dans ces ressources d’hébergement qui ont été oubliés et négligés avant et même au plus fort de la première vague. Mal organisés, mal supervisés, mal conseillés, mal équipés en matière de protection individuelle et mal formés en matière de prévention et contrôle des infections, ils ont dû se débrouiller avec les moyens du bord, improviser et éteindre des feux partout. Vraiment partout puisque la pénurie de personnel déjà bien présente avant la pandémie et l’organisation du travail qui favorisait le déplacement des effectifs entre unités et entre établissements ont contribué à exacerber la crise, tout comme les moyens de communication désuets sur le terrain et dans le réseau.

Pour faire œuvre utile et guider le politique, elle propose 27 recommandations. De l’or en barre. Elles font entre autres état de gestion de risque, de main-d’œuvre et de mise à jour des systèmes d’information. Rien de bien sorcier avec un peu de bonne volonté.

« Frappés par la crise, ces milieux ont affiché un manque flagrant de robustesse qui doit être corrigé, entre autres, par l’ajout de ressources humaines, matérielles et financières. Il faut également rehausser la qualité des soins et services et leur suivi grâce à des mécanismes efficaces de contrôle. Or, il faut que les fondations soient solides. »

Il est donc grand temps de revenir à la base et d’œuvrer localement. À échelle réduite et plus humaine.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux doit remettre à la protectrice du citoyen son plan de travail indiquant les actions choisies et l’échéancier proposé pour la mise en œuvre de chacune des 27 recommandations au plus tard le 14 janvier, puis faire un premier suivi au 1er mars. C’est demain matin ça.

C’est donc le temps d’agir et de se souvenir au pc. Une enquête publique sur la gestion de la pandémie? À quoi bon, j’en ai bien assez lu. Le gouvernement a fait de son mieux dans les circonstances et c’était loin d’être parfait. Il l’a échappé solide avec les CHSLD. Gratter le bobo jusqu’au sang n’y changera rien. Il vaut mieux travailler sur ce qu’il faut changer pour la prochaine vague ou la prochaine pandémie. Agir vite et bien.

image