17 Décembre 2015
Réfugiés
Une famille de 26 Centrafricains grossit les rangs de la ville
Par: Jennifer Blanchette | Initiative de journalisme local | Le Courrier

Les 26 membres de la famille Tomola commencent à prendre leurs aises à Saint-Hyacinthe. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Les 26 membres de la famille Tomola commencent à prendre leurs aises à Saint-Hyacinthe. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Alors que tous les yeux sont tournés vers l’arrivée imminente des réfugiés Syriens à Saint-Hyacinthe, les besoins auprès des immigrants d’autres nationalités continuent de se faire ­ressentir à la Maison de la Famille des Maskoutains (MFM). À preuve, une famille composée de 26 Centrafricains vient d’élire domicile en sol maskoutain.

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Le clan Tomola, qui détient un statut de résident permanent, est arrivé à ­Saint-Hyacinthe à la mi-novembre. Déjà, les six ménages qui le forment ont ­commencé à s’installer dans leurs ­appartements respectifs situés dans les quartiers Saint-Sacrement et Sacré-Coeur.

« C’est un grand soulagement [d’être ici], c’est un nouveau départ. Déjà, nous mangeons à notre faim. Nous avons enfin l’espoir d’avoir un avenir », exprime Glossaire Tomola, l’un des quatre frères du groupe.

La grande famille est également constituée des parents Jeannot et Appoline ­Tomola, de leurs sept enfants – quatre garçons incluant Glossaire et trois filles -, des conjoints et conjointes ainsi que des 13 petits-enfants.

15 ans de souffrances

Il y a déjà 15 ans que Glossaire et ses proches ont fui la République ­centrale d’Afrique, leur pays d’origine, pour se ­réfugier au Cameroun.

« Le 15 mars 2003, il y a eu un renversement du président en place dans la ­République. Mon père était secrétaire particulier pour une division qui régnait sous l’ancien président et les rebelles sont débarqués à la maison pour le tuer, en raison de son poste. Papa n’était pas à la maison. Les rebelles ont pulvérisé du gaz dans les yeux de ma mère et nous ont menacés et torturés avant de repartir », raconte-t-il.

La famille Tomola a alors dû quitter sa demeure et sa vie aisée pour devenir ­fugitive. « Nous avons marché en forêt durant un mois et demi. Nous mangions des tubercules pour survivre. Nous ­dormions à ciel ouvert. Il y a des femmes enceintes qui accouchaient et dont les bébés décédaient. Plusieurs personnes qui fuyaient avec nous sont mortes ­durant la marche », souffle Glossaire.

La vie au Cameroun ne s’est toutefois pas révélée plus gaie. « C’était la loi de la jungle là-bas », témoigne-t-il en exhibant une vilaine brûlure au poignet infligée par un truand qui a voulu voler son maigre revenu de laveur de voitures à l’époque.

« Tout le monde partait dans tous les sens pour trouver du travail. C’était très difficile pour nous. Le Cameroun n’a pas une conscience des réfugiés comme le ­Canada », poursuit Glossaire.

Les souffrances de la famille Tomola ne faisant que s’accroître au fil des ans, ses membres se sont tournés vers le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés afin de s’exiler vers une nouvelle terre d’accueil.

Les démarches ont duré huit ans, un processus ralentit entre autres par la ­famille dans l’espoir de retrouver l’une des soeurs qui manquait à l’appel, et après une tentative d’immigration ratée aux États-Unis, les 26 Centrafricains ont trouvé refuge au Canada.

Des besoins bien présents

À l’instar des 70 réfugiés syriens, les ­Centrafricains ont reçu un équipement de base du gouvernement afin de ­meubler leurs appartements ainsi qu’une trousse de vêtements d’hiver pour les enfants.

La MFM invite donc les Maskoutains à remettre des meubles tels que divan, table de salon ou des électroménagers ainsi que des vêtements d’hiver en bon état au Centre de bénévolat de Saint-Hyacinthe, car comme le dit ­Glossaire, « le froid au Québec dépasse l’entendement »!

Au cours de la prochaine année, la MFM accueillera 80 immigrants et ­exceptionnellement, 70 Syriens.

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