18 novembre 2021
Chef pompier acquitté de complot et de meurtre
Une patate chaude à Saint-Jude
Par: Le Courrier
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Il est à espérer que la nouvelle mairesse de Saint-Jude ait pris la peine de célébrer comme il se doit son élection à la tête de la Municipalité le soir du 7 novembre. Le premier dossier chaud d’Annick Corbeil l’attend déjà sur le coin de son bureau.

S’il décide de réintégrer ses fonctions pour lesquelles il a été suspendu avec solde depuis deux ans, elle devra décider, avec l’aide de son conseil, du sort du chef des pompiers volontaires Guy Dion, acquitté d’accusations criminelles au terme d’un procès hautement médiatisé, tout comme son arrestation en octobre 2019. Sa conjointe Marie-Josée Viau et lui étaient soupçonnés à ce moment d’avoir trempé de près dans l’assassinat, par un tueur à gages devenu délateur, de deux frères reliés au crime organisé.

Des accusations de complot et de meurtre pesaient contre les deux résidents de Saint-Jude. Leur procès s’est étiré sur cinq longs mois au terme duquel le jury a acquitté sur toute la ligne le chef Dion le 7 novembre. Sa conjointe n’a pas eu cette chance. Déclarée coupable de complot et de meurtre non prémédité, elle est passible d’une peine d’emprisonnement à perpétuité, sans possibilité de libération conditionnelle avant 10 ans.

L’avocate de Mme Viau a déjà indiqué son intention d’en appeler du verdict.

Ce verdict partagé, pour ne pas dire ce procès tout entier, a laissé tous les observateurs pantois. Vous pouvez nous ajouter à cette liste. Que l’un puisse être coupable et pas l’autre est pour le moins déconcertant à la lumière de ce que l’on sait ou pas de cette affaire.

Le hic, c’est justement que tout le monde en sait davantage que le jury sur les circonstances des meurtres puisque le grand public a eu accès à des éléments de preuves qui semblent contredire les déclarations sous serment faites par le couple lors du procès.

Dans leurs dépositions recueillies peu après leurs arrestations, Guy Dion et sa conjointe sont passés aux aveux. Contrairement à ce qu’il a soutenu au cours du procès, l’homme a mentionné qu’il savait ce qui allait se passer dans son garage le jour des deux meurtres, qu’il faisait du bruit à l’arrière de sa résidence pour couvrir les détonations, qu’il avait aidé sa conjointe à brûler les corps et à faire disparaître les restes à la rivière.

Or, cette version et celle de sa conjointe n’ont jamais pu être soumises au jury. Le juge les a écartées en concluant que leurs droits constitutionnels n’avaient pas été respectés, bref que leurs aveux n’avaient pas été soutirés selon les règles de l’art.

Et ce sont des versions diamétralement opposées qui ont été entendues lors du procès et qui ont amené le jury à rendre au final le verdict que nous connaissons, au terme d’une délibération de neuf jours. Cette conclusion couronne un procès pour le moins particulier, si l’on considère que le tueur, celui qui a tiré sur la gâchette, n’a pas eu à répondre de ses gestes, ayant obtenu l’immunité en échange de sa collaboration.

Et comme aucune accusation de complicité après le fait n’a été déposée contre le couple, le jury n’a pas eu à se prononcer sur cet aspect du crime qui semble pourtant incontestable.

Le chef Dion est donc aujourd’hui un homme libre, sans casier judiciaire. Il peut reprendre sa vie d’avant. Il semble en effet n’y avoir aucun obstacle à son retour à la caserne de Saint-Jude. Bonjour l’ambiance, les pompiers vont marcher droit…

Le conseil de Saint-Jude examinera sûrement tous les recours possibles si jamais Guy Dion annonce son intention de récupérer son poste. Mais ils sont sans doute peu nombreux, hormis la possibilité d’une entente à l’amiable qui pourrait être conclue à la satisfaction des deux parties. Dans les circonstances actuelles, cela pourrait être une solution intéressante. Mais à quel prix?

Ce procès particulier à bien des égards mériterait assurément de faire l’objet d’un sujet d’étude dans toutes les bonnes facultés de droit. Idem pour les interrogatoires policiers à l’École nationale de police du Québec. Il y a beaucoup de leçons à en tirer. En attendant d’en faire un bon film sur Netflix.

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