« J’ai assisté à l’une des premières rencontres du gouvernement où on nous présentait les grandes lignes des zones d’innovation. Il y avait deux choses à retenir. On nous disait qu’il allait y avoir beaucoup d’argent là-dedans. La deuxième chose, c’était que le gouvernement était aussi prêt à lancer les zones d’innovation qu’à lancer le système informatique SAAQclic, mais il n’était pas prêt, pantoute. Il ne savait pas ce qu’il voulait », raconte M. Barnabé.
C’est donc avec surprise qu’il a appris que l’un des motifs de refus du gouvernement concernait l’absence de technologie de rupture dans le projet maskoutain. M. Barnabé a pris sa retraite au printemps 2022, près d’un an après avoir déposé le plan d’affaires auprès du gouvernement du Québec. On trouve pour l’instant quatre zones d’innovation dans la province, dont celle en sciences quantiques à Sherbrooke, qui tourne autour d’investissements de l’entreprise IBM.
« Je trouve ça sidérant. Penser qu’on va avoir des entreprises en agroalimentaire qui vont être capables de mettre des budgets de centaines de millions pour égaler des IBM de ce monde, c’est rêver en couleurs. C’est vivre dans un monde de licornes. Demander la même chose [qu’à IBM] à Olymel ou au Groupe Nutri, ça n’arrivera pas. Des technologies de rupture dans l’agroalimentaire, c’est relativement rare. Est-ce que ces entreprises doivent continuer à innover? La réponse est oui! Est-ce qu’elles vont investir dans des technologies de rupture qui vont prendre des années à développer? La réponse est non. C’est ça, le milieu agroalimentaire. Les entreprises ont de minces marges de bénéfices », poursuit M. Barnabé.
Faire fi de l’histoire maskoutaine
Ce dernier croit que la décision du gouvernement ne prend pas en considération l’histoire agroalimentaire de Saint- Hyacinthe. Bien que l’écosystème soit déjà bien présent, il estime qu’une zone d’innovation aurait permis d’attirer de nouveaux talents et de maintenir l’expertise dans la région. Entre autres, il regrette encore aujourd’hui la perte de l’entreprise spécialisée dans le développement de vaccins porcins Prevtec Microbia dans la région, qui était le parfait exemple de recherches permettant de révolutionner un secteur d’activités.
« En immobilier, on dit : des grues attirent des grues. Le talent aussi, ça attire des talents. Ce sont les talents, les connaissances, la formation et l’expérience qui font en sorte qu’on arrive à des technologies de rupture. La reconnaissance de Québec aurait renforcé un écosystème solide. Pourquoi veut-on réinventer la roue? On peut juste nourrir l’écosystème qui est là et venir le dynamiser encore davantage. Il me semble que c’est une évidence. Il faut croire qu’en politique, quand c’est trop simple, on préfère faire ça compliqué », ajoute le retraité.
Centre d’innovation, un projet édulcoré
Québec suggère tout de même à la région de mettre sur pied un centre d’innovation qui se concentrerait sur un seul des trois axes de recherche identifiés dans le plan d’affaires. Les trois axes se déclinent comme suit : salubrité et sécurité sanitaires des aliments, durabilité alimentaire et offre alimentaire.
« Si on n’est pas capables de satisfaire les attentes du gouvernement, qu’ils aient la colonne vertébrale, la décence et le respect de nous le dire. Pas de proposer une tranche de baloney quand on se faisait proposer un beau filet mignon AAA. Je ne peux croire qu’un gouvernement nationaliste qui se dit visionnaire propose un projet édulcoré », déplore-t-il.
Il se rappelle d’ailleurs que le gouvernement ne semblait pas convaincu de l’importance du volet en santé animale dans le projet de la zone d’innovation de Saint-Hyacinthe. « C’était un des éléments qui ne semblaient pas rejoindre le gouvernement. Je tombais en bas de ma chaise que des gens, qui sont supposément compétents et qui ont la responsabilité du développement économique au sens large d’une province, ne soient pas capables de voir le lien entre l’agroalimentaire et le volet vétérinaire. »
André Barnabé salue la volonté des élus locaux de poursuivre la pression auprès du gouvernement afin de faire renverser la décision, mais encore faut-il que les membres du gouvernement aient une écoute.
« Quand on a un déficit de 11 milliards de dollars, on n’a peut-être plus d’argent pour les zones d’innovation. Je peux comprendre que le gouvernement doive faire des choix. Mais quand on brûle [1,1 milliard de dollars] dans SAAQclic… on avait les moyens de nourrir plusieurs zones d’innovation. On a mal travaillé. Ce cash-là, on l’a perdu. Ça ajoute l’insulte à l’injure », conclut-il.
Les trois axes de la zone d’innovation*
Axe 1 – salubrité et sécurité sanitaire des aliments
L’axe vise à développer des technologies et des applications utilisant les sciences afin d’améliorer la sécurité sanitaire des aliments, la capacité de préservation, l’amélioration et la production d’aliments salubres. Ainsi, des enjeux comme l’antibiorésistance, la prévention des zoonoses d’origine alimentaire, la salubrité des aliments et la santé des productions animales sont autant de sujets d’actualité sur lesquels les industriels et les partenaires de recherche ont besoin d’évoluer. Le secteur de la production de produits carnés, un des moteurs économiques d’importance, demeure fragile. Premier secteur d’exportation en importance, il demeure précaire et à risque si de nouvelles éclosions d’intoxication ou d’infection alimentaire y étaient associées. Idem du côté des produits végétaux comme les fruits, pour lesquels de nombreux rappels ont dû être faits dans les dernières années pour cause de vecteur d’infection virale y étant associé.
Axe 2 – Durabilité alimentaire
L’axe vise à développer des technologies et des applications afin de réduire le gaspillage alimentaire et diminuer l’impact des productions alimentaires sur l’environnement. L’augmentation des durées de vie des aliments est notamment un moyen à privilégier puisque plusieurs produits à fort impact, comme les produits carnés frais, ont des durées de vie courtes et se dégradent rapidement, menant à des pertes économiques et du gaspillage évitable si des efforts de recherche sont consentis pour élaborer des solutions. Le développement de bonnes solutions d’emballage fait partie des stratégies, mais également la valorisation des résidus et des sous-produits de l’industrie de même que l’identification de composés naturels antibactériens et antiviraux de nouvelle génération sont à explorer, de même que les technologies propres émergentes dans les procédés de transformation.
Axe 3 – Offre alimentaire
Cet axe porte sur l’amélioration ali – mentaire, notamment les technologies et les applications permettant la production d’aliments nutritifs, accessibles, attrayants et abordables. Le maintien et la préservation des nutriments présents de façon intrinsèque, par de nouvelles plateformes technologiques de trans – formation, l’amélioration des profils nutritionnels d’aliments existants et le développement d’aliments sains et nutritifs, le développement d’aliments et d’ingrédients fonctionnels, l’étude des propriétés sensorielles et de leur impact sur l’acceptabilité par les consommateurs sont parmi quelques-uns des sujets d’intérêt. L’objectif est de donner davantage de valeur ajoutée à la ressource agricole québécoise et aux produits transformés.
*Source : Saint-Hyacinthe Technopole